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Favoriser la réconciliation pour vous, pour les autres et pour la vie

il y a 2 jours
5 min de lecture

Le mot « réconciliation » apparaît avec une urgence croissante à l'approche de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Il s’accompagne d’un poids qui envahit les sentiments d'insatisfaction, de cynisme ou de colère pure et simple, assimilés à un « échec », notamment en ce qui concerne les pensionnats autochtones au Canada. À l’inverse, nous associons l’« action » à un moyen « efficace » de parvenir à la réconciliation. Inévitablement, l’action se transforme en attentes quant à la manière dont les excuses ou les reconnaissances devraient être formulées ou prononcées, quant à savoir qui doit prendre part à la conversation et qui n’y a pas sa place. Entre ces deux extrêmes se trouve un éventail vertigineux de désensibilisation, d’apathie ou de confusion face à la réconciliation.


Imaginez plutôt ce poids ou ces attentes comme une conversation. Chaque conversation s'écoule comme un fleuve qui vient de l'avenir vers nous, nous effleure dans le présent, puis se répercute dans le passé. À présent, imaginez la déconnexion comme une ancre qui nous enracine fermement, le regard tourné vers le passé. La déconnexion est une souffrance. C’est une blessure. C’est une lutte. La déconnexion garantit que nous continuons à transmettre ce poids, cette apathie, cette confusion, cette désensibilisation et cette douleur aux générations futures. En même temps, lorsque la déconnexion s’accompagne d’ouverture d’esprit, elle a le pouvoir de nous relier. La connexion garantit que nous nous rencontrons dans un espace de réciprocité où nous exprimons et recevons la réconciliation avec humilité.


La réconciliation passe d’abord par la prise de conscience


Les enfants nous fournissent d’innombrables exemples de la manière dont la déconnexion se produit. Un enfant exprime pleinement sa joie, son amour, sa peur, sa tristesse ou sa colère, jusqu’à ce qu’un événement vienne altérer sa relation à ces émotions. Par exemple, un enfant qui crie ou pleure lorsqu’il est surpris apprendra à réprimer sa peur et à rester silencieux lorsqu’un événement tel que la maltraitance physique se produit. Certains événements déclenchent un mécanisme de déconnexion comme moyen d’autoprotection, qu’il prenne la forme de retenue, de répression des émotions, de contrôle ou encore du fait de faire comme si rien ne s’était passé. En réalité, des centaines d’événements de ce type surviennent dans la vie des enfants et altèrent leur relation émotionnelle, physique, mentale ou spirituelle. Plusieurs d’entre eux laissent des traces de déconnexion profondes et durables, qui marquent toute une vie.


Malheureusement, la déconnexion transforme également nos relations avec les autres de manière inimaginable. À mesure que des événements tels que la maltraitance se répètent, notre relation avec un parent, un frère ou une sœur, un·e ami·e, un·e enseignant·e, un·e policier·e ou un·e guide spirituel·le passe de la connexion à la déconnexion.


La relation avec un parent devient un concept lointain dont nous apprenons à nous détacher avec le temps; l’enseignant·e sévère de l'école secondaire se transforme en tous·tes les enseignant·es ; le prêtre vers qui nous nous tournions pour obtenir des conseils spirituels se retrouve prisonnier d'un mélange complexe de souffrances profondes qui englobe la foi elle-même. Une fois encore, nous cherchons à faire semblant, à fabuler, à nous anesthésier, à nous cacher ou à nous retirer de la vie comme moyen d’autoprotection.


Ces déconnexions si profondes altèrent nos relations avec la culture, la nature, le territoire, le pays ou les systèmes d’une manière qui peut hanter des Premières Nations pendant des décennies. Des mots tels que « holocauste », « colonisation », « génocide », « pensionnats autochtones » ou « apartheid » ne parviennent pas à exprimer pleinement l’étendue de ces déconnexions à ce niveau. En tant que peuple, nous appliquons les mêmes pratiques de désensibilisation, de rejet, de contrôle ou de repli sur soi pour préserver ce que nous considérons comme culturellement précieux. Chaque communauté culturelle, chaque personne, chaque famille, chaque lieu de travail hérite de déconnexions, de pratiques, d’habitudes et d’attentes issues du passé. Et toutes découlent d’une souffrance non résolue.


Aujourd’hui, nous qualifions ces déconnexions d’« identité », d’« opinions », de « points de vue » ou même de « vérité ». Sans en avoir conscience, nous reproduisons les mêmes discours de déconnexion générationnelle qui nous ont été transmis, car nous ne parvenons pas à distinguer notre propre déconnexion de la vie quotidienne. En termes simples, nos déconnexions obscurcissent notre vision de tout : de nous-mêmes, des autres, de la joie, de l’espoir, de la paix, de la réconciliation, et même de la vie.


En modifiant votre conversation, vous favorisez la réconciliation pour vous-même, pour les autres et pour la vie.


Tout autant que les façons dont nous nous déconnectons nous maintiennent dans l’impasse, elles nous relient également tous de manière puissante. Par exemple, le processus de réconciliation de Returning to Spirit est animé sous la forme d’un cercle de partage où nous identifions un événement passé comme étant à l’origine d’une déconnexion par rapport à soi-même ou aux autres. Ce qui commence alors à se dérouler surprend les participant·es. Tout d’abord, un dialogue intérieur s’installe au sein de l’ensemble du cercle à mesure que le groupe se tait. On nous a décrit ce moment comme un sentiment de panique, ou comme une remise en question quant au lien possible avec les pensionnats autochtones. Inévitablement, les participant·es, l’un·e après l’autre, choisissent de partager leurs émotions, leurs pensées, leurs habitudes ou leurs attentes concernant ce qui s’est passé et la manière dont cette expérience les a déconnecté·es. La surprise ne réside pas seulement dans le fait qu’iels s’expriment volontiers, mais aussi dans la découverte du nombre d’événements de déconnexion qui se recoupent entre les communautés culturelles, les genres et bien d’autres aspects. Plus important encore, les participant·es au cercle dialoguent sur le plan de la réciprocité plutôt que sur celui des différences.


Vous avez du mal à croire que cela puisse être aussi simple? Notre souffrance, notre douleur nous font croire que la réconciliation doit passer par quelque chose de colossal, par des sanctions ou par un changement systémique. Alors qu’en réalité, tout repose sur l’être — la vérité, l’honnêteté, le courage, le respect, la sagesse, l’amour et l’humilité — sans blâmer, juger ni chercher la faute. Ce qui suivra s’exprimera dans un espace d’intégrité personnelle et votre expérience de réconciliation deviendra un cadeau qui se transmettra de génération en génération. Un processus qui garantit que les répercussions des déconnexions appartiennent au passé plutôt qu’à notre présent ou à notre avenir.


La nature même de la vie exige que nous renoncions à défendre la position que nous avons adoptée dans cette conversation. Elle exige que nous reconnaissions nos déconnexions avec ouverture d’esprit. Elle exige que nous exprimions notre souffrance dans un espace de responsabilité. Enfin, elle exige que nous écoutions sans vouloir tout régler ni aider. Vous pouvez imaginer un monde où ce niveau de conversation existerait? Vous n’avez pas besoin de l’imaginer, car la possibilité de le créer réside en chacun de vous. Nous savons que cette affirmation est vraie, car nous avons vu des milliers de personnes en faire l’expérience. La prochaine étape vous appartient.


Article de Returning to Spirit

 
 
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